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Axel Grout

AIMER C’EST SAVOIR LAISSER PARTIR

A

imer c’est savoir laisser partir
Il reste les photos, les images
De tendres sourires sur les visages
Et tout ce qui restait à nous dire.

Aimer c’est savoir laisser partir
Même si soudaine est cette absence
Même si pesant est le silence
Il nous reste de beaux souvenirs.

Aimer c’est savoir laisser partir
Comprendre qu’on ne peut plus attendre
Se rappeler les mots, les gestes tendres
Nous ne pouvons plus les retenir.

Aimer c’est savoir laisser partir
C’est évident, toujours on les aime
On leur a offert tous nos poèmes
Qu’on aurait continué d’écrire.

Aimer c’est savoir laisser partir
Même si souvent ça nous fait mal
Qu’ils soient dans un ciel rempli d’étoiles
Repensons à tous nos beaux fous rires.

Aimer c’est savoir laisser partir
Ils ont quitté notre belle terre
Sont partis dans un autre univers
Aimer c’est savoir laisser partir.

Axel Grout

Axel Grout

DES GRANDS-PARENTS TU AS FERME LE LIVRE

D

es grands-parents tu as fermé le livre
Nous avons chacun notre route à suivre
Sans le patriarche pour nous guider
Tu as toujours été à nos côtés.

Que ce soit à Paris ou en Provence
Tu nous laissais tenter notre chance
Moi l’enfant d’une autre génération
Je te remercie en vers, en chansons.

Maintenant que tu es dans les étoiles
Je ne peux plus t’offrir de récital
Combien de fois tu m’as encouragé
À écrire, à chanter, à exister ?

Avec quelques mots et une guitare
Je serai arrivé à t’émouvoir
En trente-deux ans tu as eu quand même
La primeur de presque tous mes poèmes.

Toi qui as été un enfant unique
Qui écoutais de la grande musique
Je ne compte pas tous les descendants
Que tu as quitté si discrètement.

Nous rouvrirons la malle aux souvenirs
Je ne serai pas le seul à écrire
Aujourd’hui, tu reposes en silence
Vais-je m’habituer à ton absence ?

Axel Grout

Haute Provence Info

Haute Provence Info

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N

ous nous souvenons tous qu’il y a un an, le 23 décembre 2015, Maurice Bertrand nous quittait.
Haute Provence Info lui rend hommage.

Haute Provence Info – 23 décembre 2016

Karl Lubomirski

MAURICE

dies war
um den Granit Deines Verstandes
der Rosenzweig Deiner Guete

Karl Lubomirski
Poete ( Dichter) – Ecrivain( Schriftsteller) – Autriche

Antonio Donini

Mon «chef»

M

aurice a été mon premier chef quand je suis rentré à l’ONU et il est resté mon chef pour toujours. D’une certaine manière, il a été mon père professionnel, puisque je suis sa création. Je m’explique : en 1976 quand je suis arrivé tout jeune fonctionnaire à l’ONU, Maurice était inspecteur au Corps commun d’inspection des Nations Unies. Il s’était attaqué depuis quelques années à essayer de faire sortir l’administration du personnel l’ONU de l’arbitraire et des manipulations politiques et avait proposé dans un rapport l’établissement d’une véritable fonction publique internationale basée sur une vérification objective des compétences et notamment sur des concours pour recruter des jeunes professionnels. Ces concours auraient dû devenir la voie royale pour faire carrière à l’ONU. L’idée ne plaisait pas trop aux bureaucrates car elle bousculait le train-train et les pesanteurs sociologiques. Mais certains états qui étaient chroniquement sous représentés au sein du Secrétariat y étaient favorables et l’on décida de tenter une expérience avec des concours en Allemagne (de l’Ouest à l’époque) et en Italie. D’où mon recrutement. Mais le Secrétariat ne savait pas trop quoi faire d’un jeune sociologue parlant trois langues et… tout naturellement il s’est tourné vers celui qui avait lancé l’idée des concours pour lui demander de bien vouloir m’absorber au Corps commun d’inspection (CCI). Ce qui fut fait.

Le CCI était alors un animal bizarre. Il était composé — il l’est toujours — de onze inspecteurs jouissant d’une grande liberté d’initiative. Théoriquement ils pouvaient aller inspecter bureaux et programmes où ils voulaient, et même sans prévenir. En fait, la plupart des inspecteurs étaient des diplomates semi-retraités qui se prenaient très au sérieux et qui, étant une production du système, étaient plutôt enclins à en profiter qu’à le réformer : ils faisaient partie du problème, rarement de la solution. L’exception c’était Maurice. D’une part, venant de la Cour des Comptes il avait toutes les compétences pour identifier et analyser les failles des organisations nationales ou internationales. D’autre part, j’ai vite compris que son esprit critique et sa rigueur le mettaient tout à fait à part de ses collègues et il n’hésitait pas à le faire savoir. Il sentait un peu le soufre.

Étant le seul « attaché de recherche » francophone, j’ai été naturellement amené à beaucoup travailler avec Maurice sur des sujets techniques et un peu arides – comment moderniser les budgets et la planification des activités – et d’autres plus politiques ou même assez révolutionnaires pour l’époque – en pleine guerre froide — comment envisager la réforme de l’institution pour la rendre plus à même d’affronter les défis de la fin du XXe siècle. J’ai tout appris de lui sur le fonctionnement de l’ONU, sur comment naissent les idées et comment on peut les aider dans leur parcours pour infiltrer l’organisation. J’ai appris, par exemple, que l’ONU a un ventre mou et que si l’on si prend avec une combinaison de tact et de persévérance, et avec les bonnes alliances, il y a beaucoup d’espaces qu’on peut occuper pour faire avancer les choses. Il m’a appris avant tout qu’il faut commencer par aborder le problème du bruit de fond : il faut s’attaquer à la confusion intellectuelle. Il faut des concepts clairs. Il ne faut pas abandonner non plus : si une idée ne passe pas, parce qu’elle est en avance sur son temps, il ne faut pas renoncer, il faut revenir par la bande avec une autre approche. Si on regarde le rôle de Maurice à la fin des années 80 quand il a publié son rapport sur la crise de l’ONU, on s’aperçoit qu’il était très en avance sur son temps. Ses idées furent battues en brèche, mais elles reviennent, elles sont étudiées dans les universités elles influencent encore ceux qui s’attachent encore à la lourde tâche de la réforme de l’ONU et de son conseil de sécurité.

Quand Maurice a quitté le CCI au milieu des années 90, naturellement je me suis senti un peu «orphelin». Mais entre-temps nous étions devenus amis et nous avons continué à nous voir quand c’était possible au fil de nos déplacements respectifs et à nous écrire et à réfléchir ensemble. Des transformations sont survenues dans nos rapports par exemple le jour où il a annoncé à Doris, ma femme et moi que désormais on allait tous se tutoyer !

Le «chef» m’ayant encouragé à quitter Genève pour des horizons plus stimulants, je suis parti sur le terrain puis à New York (mais Doris et Maurice n’y étaient plus) puis de nouveau sur le terrain. Depuis l’Afghanistan je continuais à suivre ce qu’il écrivait et ce qui me frappait c’était qu’en vieillissant, contrairement aux idées reçues, sa pensée se radicalisait. Il avait bien compris les failles du système international et ne mâchait pas ses mots. Son livre L’ONU, dont la première édition date de 1994 en témoigne. Nous nous sommes retrouvés de manière plus stable au début des années 2000 quand Doris était en poste à Genève et puis plus tard de temps en temps lors de visites à Paris.

Sa santé déclinait bien sûr, mais il avait encore toute sa verve. Son indignation vis-à-vis l’état du monde ne faisait que grandir. Et puis le «chef» m’a fait un grand honneur : il m’a demandé de l’aider à réviser et remettre à jour L’ONU, chose que je pouvais difficilement refuser. Il m’a laissé carte blanche pour couper ce qui n’était plus d’actualité et rajouter quelques pages sur ce qui avait évolué depuis 1994, par exemple sur les droits humains et l’explosion de l’aide humanitaire. L’ONU a bien changé, son rôle a été marginalisé. Les valeurs que Maurice m’avait transmises, par exemple sur l’importance d’une fonction publique internationale indépendante qui formerait l’ossature de l’organisation, n’ont plus cours. Tout est maintenant plus politisé et même privatisé. Mais en même temps en révisant son texte je me suis aperçu que son diagnostic critique n’avait pas pris une ride.

Il y a quelques semaines je participais à un débat à Genève sur la crise de l’humanitaire. Après la discussion une jeune étudiante s’est approchée. Elle avait L’ONU à la main et m’a demandé de le lui dédicacer. Elle faisait un mémoire sur la crise de l’ONU et ce livre lui avait ouvert les yeux ! Je ne crois pas qu’il y ait une meilleure façon de rendre hommage au travail et aux idées de Maurice : les jeunes le lisent.

Pour ses idées et pour presque quarante ans d’amitié, Maurice restera à jamais «mon chef».

Antonio Donini
Ancien fonctionnaire ONU et spécialiste de l’action humanitaire

Pierre Vinde

W

hen I worked in the Swedish Ministry of Finance, dealing in the 1960’s inter alia with Swedish development aid, I dealt with the follow-up of the Bertrand Report, which resulted in the creation of the UN Development Programme (UNDP). The report was a major step in improving the multilateral development aid system and was warmly supported by the Swedish Government.

Much later, some 25 years later, I had the privilege of meeting and discussing a few times with Maurice Bertrand, in a private capacity, in Paris and in his summer residence at Banon. He was a fascinating personality, extremely stimulating in discussions, bringing in his long experience of the UN system and world affairs. He had a lot of warmth and charm.

We all miss him.

Pierre Vinde
Former Secretaire General Adjoint de l’OECD
Former Assistant Administrator de l’United Nations Development Program (UNDP)

Patricia Buirette

Q

uand j’ai appris le décès de Maurice Bertrand, j’ai été envahie de tristesse.

Un homme si rare.

La première fois où j’ai eu la chance de le rencontrer, j’étais un peu dans l’appréhension car j’avais lu ses ouvrages, d’une intelligence, d’une compréhension du monde et sous un éclairage qui loin d’être classique au contraire obligeait à penser autrement. De plus, ses analyses des événements ouvrent et entraînent vers une réflexion précieuse et beaucoup plus juste comme nous sommes beaucoup à le penser.

Dès les cinq premières minutes, alors que je ne l’avais jamais rencontré, j’étais tranquille et aussi heureuse de discuter avec lui et… surtout et simplement d’être là.

Un tel accueil, une telle empathie.

Dans mon livre sur le Droit international humanitaire, j’avais mentionné certaines de ses réflexions. Je me souviens de lui avoir demandé, alors, de faire un article dans le Monde diplomatique pour sa promotion. Il m’avait répondu : « Ce n’est pas vraiment possible ! Car vous me citez tellement ». Il avait raison. Nous avions ri.

Cette gentillesse, intelligence et simplicité, je les garde au plus profond de moi et je ne les oublierai jamais.

Des moments comme cela réconcilient pour un instant avec le monde.

Les grands sont humbles.

Patricia Buirette
Professeur émérite de droit international et humanitaire des Universités de Paris

Ulrich Stacher

M

it Maurice hat uns einer der verlässlichsten Mitdenker und Lotsen der entwicklungspolitischen Diskussion und des UNO Systems verlassen. Wir alle haben von seiner Arbeit gelernt und Nutzen daraus gezogen, damit ist auch sein Tod nicht ein Ende sondern ein Vermächtnis, das es zu bewahren gilt, er bleibt auch in unseren Gedanken lebendig.

Ulrich Stacher
ehem.Sektionschef, Bundeskanzleramt, Wien

Hugues Reiner

E

n fait, je viens d’apprendre votre mort. Vous êtes la seule personne politique digne de ce mot au monde. Vous incarnez l’élégance française, digne c’est a dire utile, critique chaleureuse, érudite en même temps et vos analyses m’ont profondément fait évoluer. J’aimerais beaucoup contribuer avec vos amis à faire connaître vos livres et surtout commencer le boulot que vous m’aviez demandé de faire. Je vous avais écrit au journal « Le Monde » pour vous rencontrer, quelque part dans le monde, mais hasard incroyable, nous habitions le même immeuble rue des archives à Paris.

Maintenant je pleure votre disparition, mais j’ai envie de travailler dans votre sens.

Hugues Reiner
Chef d’orchestre – Chef de coeur – Pianiste

Cercle Condorcet de Paris

M

aurice nous a quittés le 23 décembre dernier. Assigné à résidence par une terrible maladie invalidante, il continuait — à distance — à s’intéresser intensément aux activités du Cercle Condorcet dont il était membre depuis l’origine.
Grâce à son ami Jean Lyon, lui aussi membre du Cercle, nous étions quelques-uns à lui rendre visite pour échanger sur les sujets en cours, écouter ses analyses, toujours pertinentes et recueillir ses suggestions, chaleureusement accueillis par Doris, son épouse. Son acuité intellectuelle était intacte.

Fidèle aux idées qu’il avait toujours défendues en tant que citoyen en désaccord avec les structures de la société actuelle et cherchant à contribuer à leur modification, il avait créé avec Jean Lyon le site : « Politique du possible », dont l’objet était de tenter de définir les bases d’un programme de réformes crédibles et efficaces pour rendre notre société plus humaine et plus juste, par-delà l’opposition obsolète entre capitalisme et socialisme. La réduction des inégalités par la fiscalité et le développement de l’éducation constituait le deuxième axe de sa réflexion.

Son expérience passée était là tout entière réinvestie. Maurice était Conseiller honoraire à la Cour des Comptes, avait été Maître de Conférences à l’ENA et au Centre des Hautes Études internationales à Genève. En 1954 sa route croise celle de Pierre Mendès-France dont il deviendra conseiller technique au cabinet du ministre de l’Air. Cette rencontre marquera une nouvelle étape dans son parcours politique et personnel. En tant qu’ancien membre et Président du Corps commun d’inspection du système des Nations Unies, son expertise sur les questions internationales était vaste. L’essentiel de sa recherche portait sur la nature de la transformation de la société planétaire, sur ce qu’il appelait « la sortie difficile de l’ordre militaire », les erreurs stratégiques de l’Occident, la construction possible d’un autre type de société et les conditions réalistes du dépassement des Etats-Nations.

En juillet 2014, il publiait son dernier ouvrage : Machiavel ou L’Illusion réaliste.
Son intelligence nous manquera.
Nous saluons sa mémoire.

Françoise Le Berre
Vice présidente du Cercle Condorcet de Paris

Deborah Clarke-Cramwinckel

J

‘ai travaillé pour lui au JIU (Joint Inspection Unit, en français: Corps Commun d’inspection du système des Nations Unies) entre 1975 et 1977, comme secrétaire/assistante, comme il n’en avait pas à ce moment. J’étais aussi la secrétaire de l’Inspecteur Soviétique (jamais là!).

I’ve often wondered what became of him. Now that I find him, thanks to Google, he’s just died… Such a great boss, kind, thoughtful, fair, thoroughly good man. Born in the same year as my father and similar in his brilliant mind, capable of « potted versions » (summaries) of everything, clear, kind, open minded, possible solutions to everything. He was the ONLY one writing useful, important reports at JIU. I was in my twenties and am now in my 60s.

Lorsqu’il y a eu la grève des catégories G à l’ONU, je lui ai demandé si j’osai y participer. Réponse si typique de lui: « Mais bien sûr, va défendre tes opinions ».

Lorsqu’il partait en voyage, il pouvait être nerveux et irrité. Les autres ne comprenaient pas comment je le supportais. Moi si, ça faisait parti de la concentration du voyage. En plus, il s’excusait si vite après.

J’ai quitté Genève, le JIU, tout, pour suivre mon amoureux au Rwanda. Il a si bien compris et m’a encouragé de partir. Nous sommes mariés depuis bientôt 40 ans – bonne décision donc. Lorsque je m’inquiètais du dictateur Idi Amin, il m’a répondu: Pinochet c’est pire.

J’ai gardé une chaleur humaine pour lui jusqu’à aujourd’hui. Il a eu une influence énorme sur moi, je ne l’oublierai jamais. MERCI et Merci et merci. D’avoir été parmi nous et d’avoir amélioré le monde par votre présence.

Merci Maurice.

Deborah Clarke-Cramwinckel
Ancienne Assistante au Corps Commun d’inspection du système des Nations Unies

Claire Brisset

M

aurice,


C’est très difficile d’écrire sur toi, à propos de toi, parce que cela oblige à penser que tu n’es plus là et cette idée même paraît absurde, inadmissible en quelque sorte. À la fin de ta vie, ton corps te trahissait, mais ton esprit était toujours là et bien là, toujours curieux de tout, avide de connaître, de comprendre, d’interroger, soucieux des autres. Maurice, j’ai eu la joie de te connaître il y a plusieurs décennies grâce à celui que tu considérais comme ton frère, ton cousin Louis René, qui était un lumineux président de l’Ordre des médecins. J’étais alors journaliste au « Monde » et j’avais bien des choses à comprendre, à analyser, avant de tenter de les décrire. Et toi tu expliquais, tu décryptais. Tu m’as présenté Doris. C’était à New York. Et nous sommes devenus amis, de ceux dont on sait qu’ils seront toujours là. J’ai eu la joie, la grande joie d’être témoin à votre mariage, je ne peux pas oublier ce jour. Après il y a eu Genève où vous habitiez, et où j’étais en poste moi aussi. Toujours, tu essayais de comprendre et d’expliquer les turbulences du monde. Tu faisais partie de ceux, très rares, dont on se dit qu’en quelques phrases il donnait une intelligibilité à ce qui se passait sous nos yeux et qui semblait n’avoir aucun sens, que ce soient de micro-évènements ou des pans entiers de l’histoire, la grande histoire.

Mais jamais tu ne faisais passer les analyses, le fonctionnement intellectuel, devant ce qui fait le sel de la vie, les sentiments, les amitiés, les liens de la famille, la tienne et celle des autres ; jamais tu n’oubliais de t’enquérir de ce qui se passait dans la vie de ceux que tu avais adoptés dans ton cercle. Jamais tu n’oubliais que les évènements recèlent de la drôlerie, même involontaire. Et que les humains recèlent autant de petitesse que de grandeur. J’ai connu Ferney-Voltaire, j’ai connu Banon, surtout j’ai rencontré beaucoup de ceux que tu aimais, ta famille, tes amis. Le sort, le méchant sort, a voulu que je sois à l’étranger quand tu nous as quittés et que je ne puisse pas t’accompagner ce jour où ta famille et tes amis étaient réunis pour te dire au revoir. Si tu avais été encore là, c’est toi qui m’en aurais consolée, comme l’a fait Doris, en me disant « ce n’est pas cela qui compte ». Et comme d’habitude, je t’aurais cru et j’en aurais été apaisée.

Claire Brisset
Ancienne fonctionnaire de l’UNICEF
Ancienne Défenseure des enfants

Prof. Dr. Sabine Freifrau von Schorlemer

A

lle in der UN-Forschung Tätigen, – ich darf wohl für die deutsche UN community sprechen-, hat niemand so beeindruckt wie Maurice, und das gilt natürlich auch über die deutschsprachigen Grenzen hinaus.
Er war unbestechlich in seinem Urteil, integer und aufrichtig, schonungslos ehrlich und beeindruckend in seinem scharfsichtigen Urteil…

Prof. Dr. Sabine Freifrau von Schorlemer
Saxon State Minister for Higher Education, Research and the Arts (retd.)
UNESCO-Chair of International Relations
Technische Universität Dresden

Dr. Gabriele Matzner

I

ch habe Maurice Bertrand während meiner Tätigkeit als junge österreichische Diplomatin in New York vor rund 40 Jahren kennengelernt. Es entwickelte sich eine Freundschaft, die über Jahrzehnte andauerte. Ich schätzte seine analytischen Fähigkeiten, seine Aufrichtigkeit, Authentizität, intellektuelle Integrität und seinen Mut, die Breite seiner Interessen und Kenntnisse weit über seine Fachgebiete hinaus, sein geistiges politisches Engagement bis zuletzt; vor allem aber schätzte ich seine lebhafte, warme und unstillbare Anteilnahme am Befinden, Denken, Tun und Schicksal seiner Mitmenschen, auch für mich. Für einen klassischen « Intellektuellen » ist das nirgendwo selbstverständlich und macht ihn zu einem ganz besonderen Menschen.

Menschen, die ihn wie ich persönlich kannten, wurden durch ihn nicht nur intellektuell stimuliert, sondern sozusagen seelisch erwärmt und ermuntert, ihre eigenen Wege zu gehen.
Dieses Erbe von Maurice lebt in jenen fort, die Freude hatten, ihm zu begegnen.

Dr. Gabriele Matzner, Botschafterin i.R. , Schriftstellerin

Dominique Gros

Dominique Gros

J

’ai eu le bonheur de rencontrer Maurice Bertrand. Il a eu la gentillesse avec son épouse Doris de m’accueillir dans leur maison, de m’offrir leur amitié et de contribuer à mon éducation. Oui je dis éducation car il est difficile aujourd’hui de savoir qui est un éducateur. Maurice Bertrand était un homme important mais il savait prendre le temps d’expliquer, de partager et même de réfléchir avec ceux qui ne l’étaient pas. Sa conscience était libre de tous préjugés mais exigeante de vérité et d’humanité. Et dans ce domaine, il était plus clairvoyant que beaucoup. Il avait anticipé les grandes questions géopolitiques auxquelles nous n’avons pas encore trouvé de réponse parce que nous sommes aveuglés par l ‘idée que ce nous faisons est toujours juste, parce que nous sommes le fruit d’une aventure humaine qui ne se serait au fond jamais trompé. Cet aveuglement n’épargne ni les croyants religieux, ni les sceptiques cyniques. La clairvoyance de Maurice ne se résume pas car elle s’étendait à beaucoup de domaines ; je cite :

«L ’illusion du progrès est tenace. Elle est la condition de notre confort intellectuel. Le fait que le 20e siècle ait été celui des deux guerres mondiales, des régimes totalitaires, de la Shoah et du Goulag, de génocides divers, d’Hiroshima et de Nagasaki, de la terreur nucléaire, de l’indifférence des nantis à l’égard de la misère et de l’ignorance ne gêne en aucune manière notre croyance dans « le progrès de l’esprit humain».
Quand Condorcet écrivait son « Esquisse » sur ce thème, en 1795, l’idée du progrès pouvait encore paraître fondée grâce à la Révolution en cours.
Quand Alexis de Tocqueville, rendant compte de son enquête aux États-Unis en 1834, disait que « le développement graduel de l’égalité des conditions est un fait providentiel; il en a les principaux caractères: il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance humaine; tous les évènements comme tous les hommes servent à son développement », il était encore possible de croire au caractère inévitable du progrès social.
Quand Darwin écrivait en 1859 « L’origine des espèces » on pouvait croire qu’une force mystérieuse poussait l’homme en tête de toute l’évolution vers la domination de l’esprit.
Aujourd’hui toutes ces visions du monde, mélangées ensemble dans une sorte d’épopée, sont ridicules. C’est pourtant ainsi que l’on raconte l’histoire de l’humanité. »

Maurice Bertrand oppose à cette fable aussi dérisoire qu’un mauvais catéchisme, une vérité quasi évangélique : la Fraternité et la foi en l’Homme sans dogmatisme. Elle explique ses engagements, ses choix politiques et philosophiques certainement.
Elle dit aussi pourquoi je peux dire simplement que je l’aimais. Cher Maurice, tu as rejoins dans mon coeur et dans notre mémoire, tous les frères humains qui ont l’espérance de la dignité humaine sans cesse bafouée et toujours retrouvée. Toi qui a été enfant dans ce village pendant tes vacances, puis Résistant dans ces collines, tu étais revenu ici, après une carrière exemplaire à travers le Monde, pour partager et semer : intelligence et bonté. Tu nous laisses Doris, nous essaierons de l’aimer en pensant aussi à toi.

Dominique Gros
Auteure et réalisatrice

Charles de Courson

Charles de Courson

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C

‘est avec une grande tristesse que j’ai appris la disparition de votre époux. Il était un collègue apprécié et estimé.
Je vous prie de recevoir, Madame, mes plus sincères condoléances ainsi que l’expression de ma profonde sympathie et de mon amitié

Charles de Courson
Magistrat à la Cour des Comptes

Pierre Jakob

C

haleureux, bienveillant, à l’écoute de ce qui anime chacun, tel se vivait l’accueil de Maurice Bertrand. Ce qui était trait de caractère mérite qu’on s’y arrête et qu’on le médite : en effet le penseur, l’homme de réflexion, qui jugeait des choses et des hommes sans les ménager, avait toutes les raisons de s’enfermer dans un sombre pessimisme.
Maurice Bertrand citait volontiers cette phrase de Tocqueville : «il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau; mais c’est à quoi nous ne songeons guère». Comme très, très peu, il s’est appliqué à y songer.

En lisant et en relisant ses livres, le ton résolument neuf et original de la réflexion de Maurice Bertrand s’impose constamment : c’est une pensée qui médite à partir de réalités incontestables, qu’il appelle des « systèmes de sécurité », comme le Plan Marshall, la décolonisation, la construction européenne – réalités dont le fameux réalisme politique et la promotion de la techno-économie sont incapables de rendre compte, inscrits qu’ils sont dans le maintien d’un passé qu’ils veulent éternel.

Que la sévérité implacable du jugement n’ait jamais pesé sur la volonté d’engagement et le pari sur l’humanité, quelle leçon pleine de vie pour chacun qui veut la méditer ! quel rempart contre le bas cynisme ! et quel sens donné aussi à la chaleur et au plaisir que l’on se promettait toujours de l’amitié de Maurice Bertrand.

Pierre Jakob

John P. Renniger

M

aurice was an extraordinary man. I will always treasure the projects on which we worked together.
He was truly an inspiration to me. At a very early stage of my UN career at UNITAR he encouraged me to think big and to be bold in the research I was doing on different UN operations. Without his guidance and direction, my research would have taken a very different path.

I will also always remember the pleasure of his company, not only the intellectual stimulation, which was always present, but also the humor and interest in other people.
I know his passing has left an incredible void that can never be filled but I hope your memories of him will sustain you at this most difficult time.

Fondly,

John

John P. Renniger
formerly UNITAR and Columbia University

Prof. Dr. Klaus Hüfner

Vereinte Nationen

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A

m 23. Dezember 2015 ist Maurice Bertrand im Alter von 93 Jahren verstorben. Mit ihm hat die internationale Öffentlichkeit   einen herausragenden Forscher verloren, der sich mit seinem Engagement für eine Reform des Systems der Vereinten Nationen höchste Verdienste erworben hat. Der DGVN war er seit langem eng verbunden. Bereits 1986 referierte er auf einem DGVN-Symposium  zur Leistungsfähigkeit des VN-Systems. 1988  veröffentlichte die DGVN in deutscher Übersetzung sein Buch „Für eine Weltorganisation der Dritten Generation“ im UNO-Verlag.  Ende 2005 erschien sein Beitrag „Lehren aus einer gescheiterten Reform“ in unserer Zeitschrift VEREINTE NATIONEN.

Geboren 1922 in Saint Gilles du Gard hat Bertrand Rechts- und Wirtschaftswissenschaften in Montpellier und  Lyon studiert.  Während des Zweiten Weltkriegs hat er sich der Résistance angeschlossen.  Später wurde er  Mitglied des französischen Rechnungshofes und lehrte gleichzeitig an der Ecole Nationale d’Administration. 

Zwischen 1968 und 1985 ist er Mitglied der Gemeinsamen Inspektionseinheit (Joint Inspection Unit; JIU) der Vereinten Nationen  gewesen, deren Arbeitsweise er entscheidend prägte. Kein anderer Inspektor hat so lange und so wirkungsvoll in der JIU gearbeitet. Niemand kannte die Organisation von innen so gut wie er; kein Wunder, dass er nicht nur Freunde hatte, wenn er seine zahlreichen Reform Vorschläge in den VN-Gremien unterbreitete.

Bertrand hat sich als  Inspektor besondere Verdienste erworben. Er war nicht nur zweimal Vorsitzender und zweimal stellvertretender Vorsitzender der JIU, sondern ist auch äußerst fleißig gewesen. Sein professionelles Engagement zeigte sich auch darin, dass er in seiner Amtszeit mehr als 30 Berichte erstellte.   Dabei bildete der Bereich Planung, insbesondere  die Programmplanung und Evaluierung einen besonderen Schwerpunkt. 1969 erschien sein „Report on Programming and Budgets in the United Nations Family of Organizations“ unter anderem mit der Forderung, Programmhaushalte in allen Institutionen des VN-Systems zeitlich synchronisiert einzuführen.

Auch dem Bereich Personal widmete er besondere Aufmerksamkeit. 1971 unterbreitete er in seinem „Report on Personnel Problems in the United Nations“ erstmals detaillierte Reformvorschläge zu Ausbildungsvoraussetzungen und  Einstellungsverfahren, die dann 1974 von der Generalversammlung  angenommen wurden. Da sie jedoch vom UN-Sekretariat nicht umgesetzt wurden, hat Bertrand diese Thematik bis in die 1980er Jahre hinein immer wieder aufgenommen. Im Jahre 1974 erschien sein „Report on Medium-term Planning in the United Nations System“, in dem er für sämtliche Institutionen des VN-Systems die Einführung einer mittelfristigen Planung forderte. Diese gehört mittlerweile inzwischen zu den selbstverständlichen Planungsinstrumenten.

1985 erschien  zum 40. Jahrestag der Weltorganisation sein äußerst kritischer Bericht „Some Reflections on Reform of the United Nations“, dem ohne Zweifel das bisher größte öffentliche Interesse an einem JIU-Bericht zugeschrieben wird. In dieser Studie, gleichsam sein Vermächtnis am Ende seiner 17jährigen Tätigkeit als Inspektor, ging Bertrand weit über den meist recht spezifischen Rahmen der üblichen JIU-Studien hinaus. Nach einer umfassenden Analyse zum Zustand des VN-Systems entwickelte er Vorschläge für radikale Reform-Maßnahmen.  Dazu gehörte, den Wirtschafts- und Sozialrat (ECOSOC) durch einen „Wirtschafts-Sicherheitsrat“ mit einer deutlich verringerten Mitgliederzahl zu ersetzen, die nach der Höhe des Brutto-Sozialprodukts, der Bevölkerungsgröße und nach einem Regionalschlüssel zu bestimmen gewesen wäre. Sein Vorschlag wurde bis heute in unterschiedlichen Variationen wieder aufgenommen, ohne jedoch bisher umgesetzt zu werden.

Wenig später wurde Bertrand auf Vorschlag Frankreichs von der  UN-Generalversammlung zum Mitglied der „Gruppe der 18“  ernannt, die in einer ungewohnt scharfen Kritik am Zustand des VN-Verwaltungsapparates  im August 1986 insgesamt 71 Empfehlungen zur Verbesserung der „administrativen  und finanziellen Effizienz“ der Vereinten Nationen unterbreitete. Ebenfalls 1986 wurde Bertrand Berater eines ambitionierten Reform-Projekts der der UN-Gesellschaft der USA, das 1987 zu einem Abschlussbericht unter dem Titel «A Successor Vision: The United Nations of Tomorrow» führte.

In der ersten Hälfte der 1990er Jahre lehrte Bertrand am Institut de Hautes Etudes Internationales in Genf, wo er an einer „Neuen Charta für eine Weltorganisation“ arbeitete, die 1996 veröffentlicht wurde.

1994 erschien erstmals sein Taschenbuch „L’ONU“ zur Entstehung und Arbeitsweise der Vereinten Nationen, das im letzten Jahr  in 7. Auflage veröffentlicht wurde (die erste Auflage erschien auch in deutscher Sprache).
An dieser Stelle kann nicht auf weitere politikwissenschaftliche Arbeiten von Maurice Bertrand zu anderen Themen eingegangen werden. Vielmehr sollte hier sein reichhaltiges Wissen über die Vereinten Nationen gewürdigt werden. Er ist ein Intim-Kenner par excellence gewesen, dem wir viele Einsichten zu verdanken haben. Mit ihm hat die UN-Forschung einen großartigen Kämpfer für eine immer noch in vielfacher Hinsicht zu verbessernde Weltorganisation verloren. 

Abschließend seien aus dem oben genannten Aufsatz von 2005 einige seiner Schlussfolgerungen zum Problem der politischen Globalisierung zitiert, die deutlich veranschaulichen, worum es auch heute in der VN-Agenda 2030 geht: „Alle Länder – die armen wie die reichen, die schwachen wie die mächtigen – stehen heute vor dem Problem der politischen Globalisierung. Es geht nicht darum, eine Weltregierung zu erreichten, und auch nicht darum, sich die Weltanschauung und die Lebensart einer Großmacht  mit Gewalt aufzwingen zu lassen, sondern darum, eine Antwort auf die Probleme zu finden,  die durch die offensichtlichen Missstände  der heutigen Welt entstanden sind. Es geht darum, Armut und Unwissenheit zu beseitigen, allen Menschen einen angemessenen Lebensstandard zu ermöglichen, die friedliche Koexistenz verschiedener Kulturen sicherzustellen, die nationale Identität eines jeden Volkes zu achten, über Verhandlungsinstrumente zu verfügen, die einen Beitrag  zur Entwicklung völkerrechtlicher Regeln und Grundsätze leisten können, und schließlich zu garantieren, dass Krieg nie wieder ‚die Fortsetzung der Politik mit anderen Mitteln‘ sein wird“.

Prof. Dr. Klaus Hüfner
Deutsche Gesellschaft für die Vereinten Nationen e.V. (DGVN) United Nations Association of Germany

Jacques Vial

M

aurice Bertrand, est une personnalité connue et reconnue dans le monde de la diplomatie, de la culture, de la pensée, tant en France qu’à l’étranger; un homme discret et affable dont la vie et l’oeuvre sont en partie liées à notre commune: Banon. Pouvait-il en être autrement? Un grand-père boulanger et une tante secrétaire de mairie à Banon. Toutefois ses parents s’installent à Saint-Gilles dans le Gard où Maurice naît le 26 février 1922; après le décès de son père, Maurice et sa maman s’installent à Nîmes. Il fait de brillantes études au lycée de garçons de la ville collectionnant prix et récompenses; ses études il va les poursuivre à la faculté de droit de Montpellier puis à Lyon en 1939 à l’Ecole des Sciences politiques.

Nous sommes en 1943 et la vie de Maurice bascule. En effet , le gouvernement du maréchal Pétain instaure le STO (service du travail obligatoire) qui mobilise les jeunes français pour travailler en Allemagne. Refuser c’est déserter et encourir la peine de mort pour soi et les siens.
Maurice refuse et vient se cacher à Banon où il vit incognito au sein d’une famille amie de sa vieille tante, la famille Charles Vial, et ce pendant quelques mois.
Puis il est accompagné sur le plateau d’Albion où les organisations de Résistance (FFI et FTPF) ont mis en place plusieurs camps peuplés en grande partie de « réfractaires ». C ‘est donc bien à Banon que se concrétise l’opposition de Maurice au régime de Vichy et à la barbarie nazie. Ces camps sous l’autorité du poète René Char basé à Céreste, luttent pour la liberté et sont chargés de réceptionner les parachutages d’armes et de munitions provenant de Londres; Maurice participe à toutes ces activités qui ne sont pas sans risque et sur lesquelles plane toujours la hantise des « mouchards ». Plusieurs parachutages finiront mal avec mort d’hommes à la clé. C’est dans ces camps où l’on vit à la dure avec un ravitaillement incertain que l’intellectuel raffiné découvre une humanité diversifiée, complexe, inquiétante parfois mais souvent aussi chaleureuse. Il y fait l’expérience de la souffrance, de la violence, de la mort à donner ou à recevoir. Il ne l’oubliera pas.

Eté 1944, la France est libérée, Maurice rend ses armes et va terminer ses études à Paris. En Juin 1945 commence pour lui une carrière dans les grandes administrations de la 4é République: auditeur à la Cour des Comptes, puis Maître de Conférence à l’ENA ( 1946 à 1953), puis conseiller référendaire à la Cour des Comptes à nouveau.
En 1954 sa route croise celle de Pierre Mendès France dont il deviendra un conseiller technique. Cette rencontre marque une nouvelle étape dans son parcours politique et personnel.
Tous les étés, Maurice revient se ressourcer avec sa famille à Banon et saluer les amis des mauvais jours car s’ il était un brillant intellectuel, c’était aussi un homme de fidélité, d’amitié de coeur.

Sa carrière et son oeuvre écrite restent marquées par son expérience de la guerre Son obsession , c’est la recherche de la Paix.
En 1968 la France met Maurice Bertrand à la disposition de l’Organisations des Nations Unies (ONU) comme Conseiller puis Inspecteur et Président du Corps commun d’ Inspection, Groupe qui inspecte, surveille, audite et conseille les Nations Unies et ses grandes Organisations spécialisées. Il y oeuvre jusque dans les années 1990 à un très haut niveau de responsabilité et est reconnu dans le monde entier comme spécialiste et réformateur de l’ ONU. Après deux années passées comme professeur associé à l’Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève il prend une retraite bien méritée. Le temps libre il le consacre à l’écriture dans sa maison du Haut Banon ou à Paris.

Diverses publications ont vu le jour, entre autres : «L’ONU» , «Les secrets de l’impôt», ou «Machiavel ou l’illusion réaliste». Ces quelques titres témoignent de son souci permanent de la justice sociale , de la sécurité des citoyens et toujours de la paix en Europe et dans le monde sans oublier sa grande curiosité intellectuelle. Maurice était et est resté un Européen convaincu car il connaissait les horreurs de la guerre.

C’est de son « pigeonnier » à Banon qu’il règle ses comptes dans ce qui sera son dernier ouvrage avec Machiavel, écrivain du XVé siècle, conseiller de la puissante République de Florence et théoricien du cynisme en politique: «tout est permis , pourvu que cela réussisse» ce que Maurice, bien sûr ne pouvait accepter!
L’été à Banon il a aussi plaisir avec Doris son épouse à retrouver dans leur maison des remparts du Vieux Village toujours ouverte et accueillante à la famille, enfants, petits enfants, arrière-petits enfants et les amis qui garderont en mémoire ces réunions fraternelles et animées autour d’un bon verre de vin; il faisait bon y rêver le monde idéal ou tenter de refaire l’existant!
C’est pourquoi le 10 janvier 2016 autour de Doris quelques amis étaient rassemblés et en parlant de Lui nous avons eu l’impression de prolonger encore sa présence. Maurice gardera une place à part dans la mémoire et le coeur de celles et ceux qui ont eu la chance de le croiser sur leur chemin.

Jacques Vial

La Provence

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aurice Bertrand nous a quittés. Décédé à Paris dans sa 94e année le 23 décembre, Maurice Bertrand était Banonais de cœur. Sa tante Rose, secrétaire de mairie, vivait rue Pasteur. Il a donc vécu la résistance à Banon, très activement et au péril de sa vie, sous l’ordre du grand poète René Char, dans le maquis en 1943 où il a fait partie d’une section de parachutage.
Jacques Vial, ami de toujours, raconte : « Il était d’abord hébergé chez sa tante, mais affolée par le danger, elle ne l’a pas gardé. Ce sont mes parents Charles et Rose Vial qui l’ont caché pendant trois mois dans une petite chambre dans l’école de Banon. » Charles Vial qui a donné son nom à la place de la mairie et du collège.

En 1945, il présente le concours de conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et devient maître de conférences à l’ENA l’année suivante. Très brillant, meilleur élève de France, il devient en 1954 conseiller technique au cabinet du ministre de l’Air de Pierre Mendès-France avant d’être membre du Corps commun d’inspection des Nations Unies de 1968 à 1985. Grand homme d’Histoire, de Politique et de Lettres, il a publié de nombreux ouvrages dont :
• Pour une doctrine militaire française,
• Refaire l’ONU, un programme pour la paix,
• La stratégie suicidaire de l’Occident,
• Les secrets de l’impôt,
• Machiavel ou l’Illusion réaliste.

Humble et réservé, il est bien connu de ses voisins du vieux village, où il passait une partie de l’année rue des Arcades, pour être un grand intellectuel spécialiste des relations internationales.
Son épouse Doris est celle qui en parle le mieux avec beaucoup d’amour et d’admiration. « Il avait de grandes idées extraordinaires qu’il a soufflées aux plus grands politiciens sans jamais en réclamer le mérite, car pour lui, l’important c’est que ce soit l’idée qui voyage, pas l’auteur ». Et il peut en être fier, puisqu’à ce jour, ses méthodes sont enseignées sous le nom d’un mouvement appelé « Bertrandisme » aux étudiants philosophes de l’université de Los Angeles. Pacifiste réaliste, il ne se contentait pas de pointer du doigt les problèmes, il y trouvait des solutions. Hélène Bounousse souvient qu’il travaillait toujours sur son ordinateur, lui confiant qu’il espérait avoir le temps et la force d’écrire un dernier livre. Père de six enfants, seize petits-enfants et bientôt douze arrière-petits-enfants, nul doute que ses idées continueront de voyager.

Maurice Bertrand sera inhumé à Dampmart (Seine-et-Marne) le 29 décembre 2015 à 11 heures.

La Provence le 29 décembre 2015